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Jacques Laurent

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Mon cher Jacques,

l'autre jour je joue aux échecs : aussitôt je me souviens du joueur que tu étais, grognon quand il perdait.

A Tahiti, cet été, un bateau m'a rappelé celui sur lequel tu régnais, capitaine minutieux qui intimidait le profane. Quand tu grondais aux échecs, en bateau - c'était l'ancien homme, l'enfant qui grondait au fond de toi, agacé par le sourire, la liesse du nouvel homme, de l'homme.

La dernière fois que nous avons bavardé, tu m'as dit que le bonheur t'arriva sans crier gare, te surprit parce que tu ne l'avait pas attendu, ni espéré; ce bonheur a provoqué les tendres surfaces effumées des tableaux où tu allongeais les douces caresses du ciel et de la mer.

L'ancien Jacques qui surgissait dès qu'on te prenait une Tour, en voulait au nouveau de croire au bonheur mais le nouveau jouissait de ce qui naîssait sous son geste, et renaîssait, sable qu'un hâle matinal associait aux hésitations de la mer au souple repos du ciel spectacle qui m'a atteint, cet automne, devant l'océan, et non au matin mais au crépuscule du soir, et m'a fait constater : "Tiens, un Jacques Cordier!".

Comme tu le vois, tu me donnes bien souvent l'occasion de penser à toi.

 

Jacques Laurent